RécréationViande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Ici on parle de tout et de rien, excepté de la cigarette électronique !
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Dou2
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Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par Dou2 » mer. 12 janv. 2011, 14:41

* * * * * * *

Il sent l’ennemie avant même de la distinguer.
Rachko Piavic n’est pas devenu ce qu’il est aujourd’hui par choix.
C’est la vie qui l’a formé et cette école sans pitié ne fut pas tendre avec lui. Enrôlé de force dans les milices du temps de la guerre civile yougoslave, le jeune étudiant en sociologie qu’il était a vite compris qu’il avait intérêt à utiliser son physique hors norme pour survivre dans le pays en proie à la peur et au chaos le plus total .
Alors il a appris à tuer.
Difficile de dire s’il aime ça finalement.
C’est plutôt une question de degré.
Lorsqu’un homme dépasse un certain stade dans l’horreur, il n’y a plus de retour possible. La sensibilité qui était en lui est morte aussi sûrement que les premiers civils qu’il a massacrés sous la menace des armes de son propre camp. Quand on commet de tels actes, il n’y a plus que deux échappatoires : le dégoût de soi-même vous submerge et vous mettez fin à votre vie ou vous vous débrouillez pour que l’ennemi le fasse à votre place. Ou alors l’instinct de survie est plus fort que tout et vous vous enfoncez dans l’horreur chaque jour un peu plus en espérant que ce flot immonde qui menace de s’emparer de votre santé mentale se stabilise enfin.
Rachko a atteint ce stade.
Il est au delà de la folie.
Et il a un travail a terminer.

Il est maintenant clair que les tueuses de la DGSE ont découvert l’absence de leur équipière ainsi que le corps de « Monsieur » puisqu’elles se replient en formation « triangle », trois d’entre elles gardant une pointe, la quatrième au centre pour renforcer l’angle qui pourrait être attaqué.
Elles avancent vite.
Leur coordination et leur assurance sont parfaites.
Elles sont bonnes.
Très bonnes.
Le balafré pourrait les laisser partir puisqu’elles ne sont plus une menace directe pour lui mais le risque de les voir aller renforcer une éventuelle équipe envoyée chez cette Nathalie Cotré lui déplait. Il faut aussi qu’il connaisse la force de l’ennemi qu’il affrontera là bas. Et plus que tout, il a besoin de se vider de cette fureur étouffante que la mort de son mentor lui a causé.
Rachko connaît de nombreuses techniques pour éradiquer le « triangle ».
Il n’en connaît qu’une seule qui lui permettra de se purger de cette rage homicide causée par la mort de son mentor qui menace de le faire hurler.
Alors lorsque les « Odalisques » arrivent à l’appoint de l’arbre sur lequel il est perché, il tombe souplement au milieu des commandos, uniquement armé de son terrible poignard, et il entame sa danse de mort.

* * * * * * *

- Mademoiselle Cotré, nous ne sommes pas vos ennemis ! Et il vaut mieux voir cette femme que vous appelez votre amie incarcérée que massacrée comme du bétail ! insiste Christian Ricard avant de gronder avec une rage impuissante devant le silence butté de l’infirme qui reste sans réaction : vous comprenez que je vous propose de lui sauver la vie, bordel ?
Le capitaine du RAID est déçu. Déçu et très contrarié. Il lui a fallut presque deux heures pour localiser la ferme isolée de l’informaticienne et il a été contraint de forcer sa porte pour pouvoir s’expliquer. Même après avoir très calmement rendu compte à cette femme de la situation, elle reste totalement inflexible. A croire qu’elle se fiche de survivre des fois. Elle ne doit pas avoir que les jambes d’esquintés ! Ricard en vient à conclure que tous les acteurs de cette sordide histoire sont franchement azimutés, flics compris. Il souffle par la bouche pour se calmer quand l’informaticienne attaque à nouveau de cette voix désincarnée si déplaisante :
- Capitaine, je suis sensible à vos attentions, ne vous méprenez pas. Ca ne vous donne pas pour autant le droit de faire irruption chez moi puis de jurer comme un charretier mal dégrossi. Je vous demande donc une nouvelle fois de partir avec votre ami. Ce qui se joue ici n’est que l’épilogue d’une tragédie qui remonte à des années alors ne le prenez pas mal mais vous n’y avez tout simplement pas votre place.
- Pas de ça s’il vous plaît, mademoiselle Cotré. Il se trouve que nous avons eu accès aux archives des Barbouzes. Je connais tous les éléments du dossier « la Fouine ». Je sais ce qu’elle a enduré… Je sais aussi ce qu’ils vous ont fait subir. Mais je sais surtout que je ne vais pas vous permettre d’expier des fautes qui n’existent que dans votre tête au final.
- Vous ne savez rien du tout… siffle la femme avec dans les yeux une telle charge haineuse que le flic doit prendre sur lui pour ne pas reculer.
- On ne revient pas sur le passé, intervient pour la première fois le commissaire Morelli en constatant que le rouquin est ébranlé. L’urgence pour le moment est de vous faire sortir d’ici et d’éviter que toute cette histoire ne se termine dans un bain de sang inutile. Mademoiselle Cotré – Nathalie… - accompagnez-moi pendant que le capitaine Ricard attend votre amie pour la mettre en sécurité avant que la DGSE ne débarque.
- C’était ma meilleur amie… craque Nathalie en gémissant à la surprise des deux policiers.
- Je sais tout ça, tempère Ricard, mal à l’aise. Mais il faut partir d’ici, mademoiselle. Vite.
- Je l’aimais… et je l’ai trahie pour sauver ma vie et qu’ils arrêtent de me faire du mal…
Elle s’effondre en sanglots et les larmes ravagent le maquillage délicat qu’elle s’était attachée à parfaire pour donner une dimension noble à son ultime voyage. Les pleurs retenus pendant cinq ans qui la secouent la transforment en petit clown triste et pathétique.
- Il y a eu assez de morts… intervient de nulle part une voix douce et apaisante qui les fait pourtant tous sursauter. Assez de souffrance… Je suis venue pour te sortir d’ici, Nathalie. Pas pour te faire souffrir ou te punir. Tu t’es bien assez punie toute seule et personne n’aurait pu résister à leurs méthodes. Je le sais mieux que quiconque.

* * * * * * *

Tous les manuels de combat s’entendent sur un point avéré : le « triangle » est une formation de mouvement idéal pour repousser un ennemi extérieur. C’est aussi la pire des techniques si l’agresseur pénètre à l’intérieur du dispositif car il n’est plus possible de faire feu sur l’attaquant sous peine de toucher ses propres alliés.
En bonnes professionnelles, les « Odalisques » n’ignorent rien de cette contrainte aussi ont elles immédiatement dégainé leurs dagues de combat, délaissant leurs fusils d’assaut.
La menace est aisément identifiable.
C’est un colosse immense.
Irréel.
Il est tombé sur leur officier qu’il maintient devant lui comme un bouclier, son poignard menaçant la gorge, tournant lentement sur place. Les Odalisques sont sûres d’elles car le géant blond s’est finalement piégé lui même : s’il se sépare de sa protection humaine pour attaquer, elles le submergeront à coup sur. S’il persiste dans son attitude défensive, il commettra tôt ou tard une erreur et l’une d’entre elles le neutralisera.
Aucun manuel n’a par contre référencé ce qui suit.
Au mépris de sa simple survie, Rachko égorge son otage sans hésitation et balance dans la foulée le corps encore agité de spasmes comme un obus sur une des trois commandos, la propulsant au sol sous le choc.
Leur camarade percutée n’est pas à terre que les deux autres agents se ruent sur le géant, chacune d’un coté, leur entraînement prenant instantanément le pas sur la colère et la tristesse qui les secouent.
Rachko pare souplement un coup sur son flanc gauche et détend sa jambe opposée de toute sa phénoménale puissance en direction de la hanche de sa seconde ennemie.
Bien qu’elle bloque la ruade avec une technique parfaite, la jeune femme sent ses avant-bras se briser comme des brindilles sous la botte de combat renforcée d’acier propulsée avec la puissance d’un boulet de canon. Elle réprime un cri et la fraction de seconde qu’elle perd en vérifiant la gravité de ses blessures permet à leur cauchemardesque agresseur de se déchaîner sur son unique camarade encore debout. Attaquée de toutes parts, elle peine à contrer les furieux assauts que le géant assène à une vitesse impossible pour sa fantastique carrure.
Complètement désemparée, elle ne sent même pas le coup qui la tue – l’éventrant comme une pièce de viande du pubis au sternum malgré le gilet de protection. Elle pousse un simple gémissement – mélange de surprise et d’horreur - en tentant de retenir ses organes qui se répandent à terre avant de tomber en avant d’un bloc.
L’Odalisque mise à terre dés le début du combat s’est enfin débarrassée du corps de l’officier égorgée. Elle se relève et se précipite sur le colosse, sa lame visant les reins imprudemment découverts. D’un mouvement tournant d’une fluidité impeccable, le balafré a déjà ramené sa jambe en arc de cercle et il touche la jeune femme en pleine tête. Son casque empêche la botte de fracasser sa tempe mais la violence de l’impact est tel que ses cervicales se rompent dans un claquement sec écœurant et qu’elle s’effondre comme une marionnette.
L’unique survivante, ses bras blessés pendants pitoyablement devant elle, souffle sous son armure d’assaut devenue trop lourdes. L’insupportable douleur et la terreur irrépressible qui la submergent l’empêchent de contrôler sa respiration. Elle sait qu’elle est déjà morte car la respiration est LE facteur clé d’un combat rapproché. Surtout face à ce monstrueux adversaire qui a éliminé tout son commando en quelques secondes alors que tous s’entendent à confirmer qu’elles sont les meilleures dans leur spécialité.
C’est calmement, presque avec nonchalance, qu’il s’approche maintenant d’elle et elle ne peut réprimer un gémissement de pure terreur qui lui fait honte. Avec une douceur effrayante, le tueur se penche, détache la mentonnière puis enlève le casque de la jeune femme et s’agenouille face à elle. Il essuie les gouttes acides de trouille qui ruissellent sur le beau visage aux yeux écarquillés par l’horreur et murmure lentement de sa voix sépulcrale :
- Quand l’autre groupe doit il attaquer la fermette de l’informaticienne, petite fille ?
- Je ne comprends pas le sens de votre question, tente la jeune femme dans un sursaut d’orgueil.
- Bien… souffle le Balafré en baissant la tête et en la secouant lentement comme pour marquer une triste désapprobation.
- Je vous jure… tente l’Odalisque avec un ton d’enfant suppliant.
Le Géant relève la tête et plante ses yeux glacés dans l’abîme de terreur qu’est le regard de la blessée :
- Petite fille, nous sommes deux soldats d’élite et je ne te ferai pas l’offense d’insulter ton intelligence. Tes amies sont mortes, tu es neutralisée et je suis pressé d’achever ma tâche. Si tu réponds à ma question, je te laisse intacte. Sinon, je te laisse vivre mais après avoir tellement déchiré ton visage qu’aucun chirurgien ne pourra empêcher les enfants de hurler de peur sur ton passage.
- Je m’appelle Charlotte Briançon et j’ai 23 ans, monsieur, tente la commando en tentant de se remémorer sans paniquer toutes les ficelles de ses stages psychologiques visant à s’humaniser aux yeux de son adversaire.
- Je suis enchanté, Charlotte, rétorque le Tueur avec un rictus qui doit être sa façon de sourire. Je m’appelle Rachko Piavic et j’ai 39 ans. Malheureusement pour toi, je suis au delà de tes touchantes tentatives visant à m’inspirer la pitié ou la compassion car je suis descendu au plus profond de l’enfer et… j’en suis revenu.
Vaincue plus sûrement mentalement que dans sa chair, la jeune femme éclate en sanglots, tout son entraînement réduit à néant par une peur primale absolue :
- Ils… Ils devraient bientôt arriver sur le site… Nous faisons notre rapport et en fonction de la situation ici… Le second groupe attaque… ou nous attend en renfort…
- Combien de soldats ?
- Dix. Deux unités comme la notre.
- Charlotte Briançon, 23 ans, si tu veux vivre et rester intacte, tu vas appeler ton officier principal et le convaincre de différer l’attaque le temps que je puisse rallier l’objectif.
- Oui… Nous avons une procédure qui…
- C’est très bien, coupe le géant en fouillant dans le sac de combat pour en extirper le cellulaire militaire. Sois persuasive comme si ta beauté parfaite en dépendait, Charlotte Briançon. Car je te rappelle que c’est exactement la mise qui est en jeu…

* * * * * * *

Ricard et Morelli lèvent la tête comiquement de concert, leurs mains cherchant leurs armes par réflexe en même temps.
Plus encore que l’impressionnant fusil à pompe que Farid « la pierrade » pointe sur eux, c’est son regard amusé semblant leur signifier de continuer pour lui permettre de tirer qui les convainc de lever les mains gentiment. A coté de l’arabe, Raoul Bicarosse les tient aussi en joue avec son revolver incongru. Ses yeux étranges, presque minéraux, n’expriment aucune espèce de sentiment et ça rendrait le dingo au fusil presque plus sympathique.
Une grosse bonne femme à l’âge incertain se tient entre les deux.
Malgré sa salopette ridicule, elle ne donne pas franchement envie de sourire non plus. Elle dégage une aura de puissance et de volonté surprenant que sa corpulence ne parvient pas à arrondir.
- Catherine… ? murmure Nathalie Cotré en relevant la tête, interdite.
- Les années n’ont pas été tendres avec moi non plus, ma vieille amie, sourit « la Fouine » avec douceur. Viens, Nat. Il est temps de partir.
- Mademoiselle Régeant, nous sommes officiers de Police, intervient Ricard.
- Genre ça se voit pas, raille Farid. T’aurais pas eu une trombine de Roycco que tu boufferais déjà les marguerites par la racine, flicard !
- Les pissenlits, corrige Bibi.
- Ouais aussi, acquiesce le Tunisien.
- Vous devez vous rendre. Tous. Je comprends bien que je ne suis pas en position de vous en convaincre présentement… reprends Ricard.
- Nan, mais tu peux essayer… provoque « la Pierrade ».
- …mais les charges qui pèsent sur vous peuvent s’expliquer par la légitime défense et sont défendables ! continue le rouquin. Vous n’avez blessé aucun représentant des forces de l’ordre…
- Ca pourrait bien changer d’ailleurs… menace Farid en souriant.
- …et nous avons suffisamment d’éléments pour impliquer les services secrets en dénonçant le complot et les actes barbares dont ils se sont rendus coupables.
- Cher monsieur, commence « la Fouine » tandis que Bibi vient aider Nathalie Cotré à les rejoindre, je suis très sensible à votre éthique. Honnêtement. Pourtant, je crains que cette histoire ne vous dépasse aussi je vous encourage à vous en tenir écartés car vous pourriez payer très cher votre altruiste implication. Maintenant mes amis et moi allons sortir. Je n’ai jamais fait feu sur les forces de l’ordre jusqu’ici mais je vous préviens amicalement que compte tenu de la situation, nous n’hésiterons pas à vous abattre malgré votre bonne volonté évidente si vous tentez quoi que ce soit.
- Vous faîtes une terrible erreur, madame, dit Christian Ricard avec une tristesse non feinte.
- Probablement mais je n’ai pas le temps nécessaire pour vous convaincre de la justesse de mes réticences à l’égard de notre système judiciaire et politique, monsieur le policier. Maintenant partez d’ici. Et vite. Car ceux qui vont arriver ne feront pas de distinctions entre les flics et les voyous. Cette ferme est perdue au milieu de nulle part et vos insignes ne vous protégeront pas contre la raison d’état.
Tout le monde s’accroupit comiquement dans la pièce quand une voix amplifiée aux accents métalliques déchire le silence :
- Catherine ? C’est Lydia ! Donne-nous les dossiers et tu pourras partir avec tes amis sans bobo. Sinon nous viendrons les chercher et tu sais ce que ça implique… Tu as cinq minutes.
- Pffff, ricane Farid, c’est comme dans les films de gangster !!! Ben y z’ont qu’à venir, on va les recevoir ! En plus c’est une gonzesse qui cause alors ça va pas traîner. Deux coups de pétards en l’air et ça va cavaler pire que dans une basse-cour !!!
- Ce sont toutes des femmes, Farid. C’est le commando « Odalisque » des opérations spéciales de la DGSE. Et tu pourras bien balancer tous les coups de pétards que tu veux, elles ne fuiront pas.
- T’es bien sure de toi, cocotte…
- Je le suis parce que je les ai formées.
- Ah…
- Oui. Donc on arrête les frais. On va leur donner les dossiers, tant pis, lâche doucement Micheline. Avec Lydia et ses commandos dans la balance, ça devient bien trop compliqué et on ne s’en sortira pas sans casse cette fois ci.
- Catherine… J’ai détruit les dossiers, gémit Nat, anéantie.
- Chouette on va se battre, glousse Farid, enchanté.

* * * * * * *

La jeune Charlotte n’a pas menti et elle a suffisamment bien manœuvré pour permettre au tueur d’arriver à temps pour la dernière séance. Tandis qu’il gare la BMW dans un étroit sentier, le balafré regrette ce qu’il a été contraint de faire à la gamine et il en est le premier étonné. Malheureusement, on ne revient pas sur les actes passés et l’inespéré éclat d’humanité qui éclaire les yeux du Tueur disparait comme la timide flammèche d’une bougie au plus fort de la tempête. Lorsque le métal froid reprend le contrôle de son regard, Piavic se met en route vers le sud.
Il progresse en silence en se demandant ce qu’il fait là.
Le vide, l’absence de but, l’effraie soudain.
Il se fait l’impression d’être un de ses insectes stupides attirés par la lumière qui sait qu’il va tout droit vers sa mort mais reste incapable de s’empêcher d’aller brûler ses ailes.
Du jour où il a basculé dans l’horreur, Rachko Piavic a toujours eu besoin d’un chef à respecter. D’un donneur d’ordre qui puisse le guider. Peu importe les actes qu’il était ensuite appelé à commettre. Probablement que son cerveau, englué dans l’effroi et l’irrationnel, s’est affranchi lentement de ses besoins décisionnels pour lui éviter de sombrer plus avant dans une folie homicide définitive qui lui ferait perpétrer un massacre terrifiant et aveugle.
« La Fouine » est le dernier objectif qu’il lui reste avant d’être confronté au néant absolu qu’il est devenu. Autant le savourer pleinement. Ces commandos postées autour de la maison sont un obstacle à sa mission.
Il va les balayer comme les quantités négligeables qu’elles sont, ça l’échauffera.
Puis il tuera la Garce et les deux pantins qui l’accompagnent.
De la pire des façons possibles.
Et très lentement.

* * * * * * *

Micheline désigne du menton les deux policiers à Farid qui s’avance vers eux, menaçant.
- Vous n’êtes pas obligée de faire ça… C’est notre peau aussi qui est en jeu je vous le rappelle, s’insurge Ricard.
Le coup de crosse le prend par surprise et le retour croche Morelli dans la foulée à la tempe, l’envoyant à son tour au pays des rêves.
- Il croyait que j’allais le descendre, s’esclaffe Farid en contemplant les deux hommes assommés.
- Et moi je croyais que tu allais les faire descendre simplement à la cave, Farid… se lamente la grosse. On risque d’avoir aussi besoin des policiers si on veut espérer s’en tirer !!!
- Tu ne les aurais pas flingués en l’absence de Micheline peut être ?! ironise Bibi.
- Leur coller un coup sur la cafetière, c’est un prêté pour un vomi quand on voit toutes les beignes que les keufs m’ont distribuées dans le passé, ces fumiers !!! Sinon ça va t’étonner mais j’ai jamais buté un flic jusqu’ici et je pense que ma mère se retournerait dans sa tombe si je faisais un truc pareil. Faut pas croire mais mes vieux c’étaient des sacrés respectueux de la Loi, tu sais !
- Non je savais pas. Et faut croire qu’ils étaient pas si convaincants que ça quand on voit le rejeton…
- Ouais ben laisse donc mes ancêtres où qu’ils sont et revenons plutôt à nos moutonnes là dehors… Qu’est-ce que tu sais t’il ‘zactement sur ces nanas, Micheline. Comment qu’elles comptent nous faire le petit ?
- Si Lydia n’a pas changé nos tactiques, elles commenceront par éteindre les lumières puis les pivots vont nous noyer sous un déluge de feu pendant que les binômes d’assaut progresseront.
- Y a combien de belettes en face ?
- Normalement elles sont cinq dans un groupe : un officier qui maintient la cohérence de son unité avec l’officier principal et deux binômes modulables. Sur une opération comme celle-ci, je dirai qu’il y a trois sections de ce type au maximum.
- Quinze, ça fait beaucoup… grince Farid.
- Ben quoi ? T’as peur, « la Pierrade » ? le taquine Bibi.
- Moi, peur ? J’ai peur de pas t’en laisser tu veux dire, oui ! Comment j’vais m’les croûter grave les touffes ! Cinq, dix ou cent, j’en ai rien à talquer ! Si rien ne m’a tué aujourd’hui - même pas les autres furieux de cannibales - c’est pas une bande de greluches qui va y arriver !
- Deux minutes, Catherine ! reprend la voix à l’extérieur.
- Farid : descends avec les autres, mec ! lance Raoul.
- Et te laisser toutes les meufs pour toi tout seul ? Tu rêves des genoux, Clint !!!
- Rien à en tirer de celui là… Puce… Toi, tu descends avec les flics et ta copine…
- Non Bibi je…
- Discute pas pour une putain de fois dans ta putain de vie ! coupe le grand brun, le visage grave. L’autre cintré et moi on va réceptionner tes copines, tu peux nous faire confiance. La seule chose qui pourra faire la différence ensuite, c’est la surprise. Tu vas mettre à contribution le temps où on va les occuper pour préparer la cave et les accueillir aussi au cas où elles parviendraient jusqu’à la maison. Avec les deux flics, ça fera peut être hésiter les « Odalisques » et au pire, elles auront un second front à gérer.
- Tout ça c’est du flanc ! Toi et l’autre imbécile, vous allez vous faire massacrer !
- On va surtout se faire massacrer si tu restes avec nous ! Ce sont des professionnelles dehors. On ne s’en sortira pas si on doit te traîner derrière nous comme un boulet, Micheline. Non mais tu t’es regardée ? T’as vu ta condition ?
Il veut être méchant, la blesser profondément car il sait que s’il continue à discuter avec elle, elle le retournera à nouveau comme une crêpe. Lorsqu’elle reprend la parole, le regard embué, il a honte.
- Bibi…
- Bibi rien du tout ! Pardon de te le dire comme ça mais tu es une cible bien trop facile…
La boule d’angoisse prend l’homme au magnum au ventre plus douloureusement qu’un coup de poing quand il voit les grosses larmes couler sur les bajoues qu’il aime tant.
- Tu vas pas me laisser maintenant, hein ? sanglote sa baleine adorée.
- Qui parle te de laisser, idiote ? T’as simplement le cul un peu lourd pour faire des roulades et bastonner des commandos en levant la guibole, c’est tout.
- On y va, Clint ??? s’impatiente Farid dans l’escalier.
- On y va, mec, répond Raoul en essuyant les larmes qui n’en finissent plus de rouler sur le visage de celle qui est tout pour lui. Lâche ma manche et descends, ma puce, que je referme la trappe.
- Elles vont te tuer…
- Je te dis que personne ne me tuera !
- Jamais ?
- Jamais. Par contre j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas craquer maintenant, hein !
- Je ne craquerai pas…
- Et quoi qu’il arrive, souviens-toi que si tu es ma Micheline à moi, pour celles qui sont là dehors, tu es Catherine Régeant. Tu es « la Fouine » ! Tu es une légende vivante ! Elles doivent en chier dans leurs treillis et c’est probablement notre meilleure arme. C’est même la seule explication pour qu’elles ne donnent pas l’assaut si facilement en dehors de cette histoire de dossiers, souviens t’en !!!
- Bibi… souffle Micheline presque désespérément en tirant un peu plus sur sa manche avant qu’il ne referme la trappe. Je t’aime, mon Bibi ! Je t’aime plus que tout alors ne te fais pas tuer, promets le moi !!!
- Ah ben tout de même… sourit bêtement le grand escogriffe avant de se faire violence pour rendosser son rôle de méchant. Allez faut y aller maintenant !!!
- Mais tu m’aimes ?
- Rhaaa mais oui je t’aime aussi.
- Bon ça y est ouais ?! trépigne Farid.
- Micheline ? reprend Bibi juste avant de refermer la trappe.
- Oui ?
- Souviens toi que moi j’adore l’écho, emmerdeuse.

* * * * * * *

- Catherine ? Le délai est expiré. J’attends ta réponse ! lance la responsable des commandos « Odalisque » d’une voix ferme dans le porte-voix.
- Salut m’dame ! C’est Farid là, braille le Tunisien de l’intérieur de la maison.
- Où est Catherine Régeant ?
- Aux Gogues ! Ca doit être le cidre…
- Ha ?! Bon… Vous avez les documents ?
- Ouais, ouais, bien sur !
- Alors sortez avec les mains levées et sans arme. Vous avez ma parole d’honneur qu’aucun mal ne vous sera fait et que vous pourrez repartir d’ici sans heurts.
- Oui d’accord mais je termine juste de les préparer là…
- Attention, ils doivent être intacts ! A quelle préparation faites-vous allusion ?
- Je les roule bien serrés pour mieux te les enfoncer dans le cul, grosse pute !!!
La réponse à la provocation est immédiate. Les balles traçantes déchirent la nuit qui va en s’estompant comme des frelons d’acier silencieux et les réducteurs de son donnent à la scène un air étrange et irréel. Fouetté par les moellons de plâtre et de pierre qui volent dans tous les sens, Farid se jette au sol à coté de Bibi qui lui déclare, les yeux au ciel :
- T’es champion pour la négociation, Farid ! Là, franchement, respect absolu !!!
- J’suis en section rattrapage, glousse le comique. Elles vont venir par où tu crois ?
- Si elles sont quinze, de partout. Et on va crever. Mais l’avantage c’est qu’elles sont en train de mettre un tel foutoir à tout bousiller que ça devrait suffire à masquer la trappe et à leur faire croire que les autres se sont sauvés…
- Hé Clint ?
- Quoi ?
- On gagne du temps mais on va y passer, je le sais bien ! J’avais compris, j’suis pas débile !
- Si t’étais pas débile, tu serais dans la cave avec eux…
- J’suis claustrophobe… avoue le Tunisien, honteux.
- Farid… Y a une pathologie que t’aurais pas des fois ?

* * * * * * *

Prochain épisode : Assaut final
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par lyzzye » mer. 12 janv. 2011, 17:51

Merci dou² :)
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par Dou2 » mer. 12 janv. 2011, 20:57

C'était un plaisir, Lyzzie :)
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par zwell » ven. 14 janv. 2011, 00:21

aaaaaaaaaaaaah...!!!!
ya pas la fin encore. :shock: :(
bein demain peut etre...
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par Dou2 » lun. 17 janv. 2011, 11:13

Pardon j'étais encore en déplacement cette fin de semaine.
Je mets en forme le dernier chapitre et je bombarde au plus vite !
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par fran » lun. 17 janv. 2011, 11:16

on attend :D
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (2/2)

Message par Dou2 » lun. 17 janv. 2011, 14:07

je vais être bloqué dans des réunions inutiles jusqu'à 16h30 / 17h mais je m'y colle juste après ! :)
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