RécréationViande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (1/2)

Ici on parle de tout et de rien, excepté de la cigarette électronique !
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Dou2
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Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (1/2)

Message par Dou2 » mer. 12 janv. 2011, 14:40

Chapitre 10 : Un barbu, c’est un barbu ! Trois barbus…

- Nos choix sont assez restreints finalement, commence le colonel François Castel, le aussi charismatique que contesté directeur de la Division Action - la cellule en charge des opérations clandestines de la DGSE - en se repositionnant fond de fauteuil. Au vu de leurs recommandations, les cow-boys de l’Anti-Gang vont avoir accès à des informations que j’aurai préférées maintenir secrètes. Que nous ayons formé « la Fouine » n’est pas une révélation mais les détails de certaines… missions sur laquelle nous l’avons impliquée, là c’est autre chose !
- Cette sale pute devrait être morte… gronde le commandant Galant, l’officier dirigeant le bras armé du service et qui n’a de courtois que le nom, paisiblement assis de l’autre coté du bureau de Castel. Si on ne peut même plus faire confiance à ces tarés d’Albanais, où va le monde, je vous le demande !? Et si cette fondue de Catherine apprend que c’est nous qui avons balancé son réseau aux maffieux pour nous débarrasser d’elle, elle risque de nous appliquer le même régime qu’à eux. Elle n’arrête JAMAIS. Ce n’est pas « la Fouine » qu’on aurait dû lui donner comme nom de code, c’est « le Pitbull » !
- Clair que vous êtes bien payé pour le savoir, Galant. Si vous n’aviez pas formé cette bombe nucléaire sur pattes aussi bien, nous n’en serions pas là aussi.
De petite taille mais bâti tout en force, le commandant confirme qu’en plus d’en avoir le cou, il a aussi les réactions d’un taureau lorsqu’il se lève d’un coup et frappe le bois massif du plat de la main.
- Oh hé, dîtes donc vous pensez pas que vous êtes un peu gonflé là ?
- Calmez-vous, mon vieux. On discute… sourit intérieurement le vieux filou, enchanté de l’effet produit.
- C’est ça ouais ! C’est facile de la ramener avec vos grands airs maintenant, patron ! Je vous signale quand même que vous ne crachiez pas dessus quand elle bossait pour nous, la Fouine ! C’est quand même un peu grâce à deux ou trois petits coups tordus pas vraiment ragoûtants - qu’elle a effectué sous VOTRE commandement - que vous êtes toujours en place, faudrait pas l’oublier. Si vous espérez me faire porter le chapeau, va falloir vous trouver un autre pigeon avec une tête beaucoup plus large que la mienne ! Je ne me laisserai pas faire , mon colonel ! Et j’ai moi aussi quelques dossiers en sûreté qui…
- Allons Gallant, mais nous en avons tous, des dossiers… tempère son supérieur qui connaît bien les envolées lyriques dont son très potentiellement dangereux subordonné est coutumier. Il n’est pas question de nous entredéchirer dans de stériles débats sur les responsabilités alors que l’ennemi est à nos portes.
- Ouais ben faites bien gaffe quand même… n’en démord pas le dégarni au cou de taureau qui monte aussi vite en pression qu’il est ensuite long à descendre.
- Je vous taquinais…
- Mouais…
- Essayez plutôt d’être constructif et mettez un frein à votre paranoïa galopante, je vous en prie ! l’amadoue son très guindé supérieur. Je n’ignore pas mes responsabilités dans ce dossier alors je vous serais gréé de me faire partager votre analyse sur la question car je ne vous cache pas que cette histoire devient bien trop compliquée à mon goût.
- Je ne vois pas ce qu’il y a de compliqué franchement… ricane vaniteusement le commandant, enchanté d’être mis à contribution sur le fond du sujet : il s’agit juste d’une tueuse revancharde qui élimine ceux qui avaient tenté de la tuer il y a quelques années et dont la tache avait été facilitée par notre trahison !
- Je n’aime pas beaucoup ce mot…
- Par notre collaboration c’est mieux ?
- Non plus, ça fait Vichiste.
- Dîtes donc patron, vous voulez que je parte en stage des synonymes dés maintenant ou après que nous ayons éliminé l’autre emmerdeuse ?
- On ne dit plus « éliminer », mon cher Galant, mais « effacer », je vous le rappelle.
- Sauf votre respect, ce que vous pouvez être pénible quand vous faîtes ça, mon Colonel, sans déconner…
- L’équilibre, Galant, l’équilibre ! Et la précision ! Bien que cela vous irrite, si je n’étais pas là pour donner à vos excès barbares un vernis de respectabilité rassurante, dîtes vous bien que ces politiques frileux qui votent les crédits auraient déjà démantelé votre division à l’instar de l’Unité Pourpre !
- L‘Unité Pourpre a été démantelée ?!
- Non ?
- Pas à ce que je sais…
- A l’instar de la Section 9 alors !
- La Section 9 est toujours active voyons, patron ! C’est même elle qui est actuellement sur l’intervention en Côte d’Ivoire !
- Vraiment ?!
- Ouais. Regardez donc le résultat là bas pour vous en convaincre…
- Vous marquez un point effectivement ! Vous savez Galant, murmure le vieux soldat, pensif, je me demande parfois si nos services ne se sont pas légèrement opacifiés avec le temps et si cela ne va pas finir par nuire à notre capacité de réaction.
- Bah chez les autres c’est pas mieux, patron. Regardez les Ricains ou les Rosbifs : ils ont tellement dégraissé dans leurs unités « Action » au profit de leurs foutus analystes et autres penseurs de mes couilles qu’on dirait une tribu où il n’y a plus que des chefs et pas un seul indien pour exécuter les ordres. Voyez les Ruskofs, c’est l’inverse : du muscle à tous les étages et pas une tête pour les diriger ! Y a guère que ces fumelures d’Israéliens pour avoir su conserver votre Sacro-Saint équilibre aujourd’hui…
- C’est ma foi vrai en plus !!! Pourquoi ce fichu Mossad parvient il a demeurer un service si performant quand on voit tous les ennemis qu’il a ? C’est stupéfiant !
- C’est surtout obligé !
- Vous croyez que le Mossad a aussi du mal à compter ses équipes de barbouzes, Galant ?
- Je ne sais pas et je m’en cogne, mon Colonel !
- Vous n’êtes pas un homme très ouvert sur le monde quand on regarde bien, mon petit vieux… Je dirai même que vous êtes parfois un peu rustique, voyez-vous ?!
- Pas vraiment.
- Je me trompe ou vous vous moquez complètement de ce que je suis en train de dire, mon ami ?!
- Non vous avez raison, je m’en fous complètement, patron.
Le colonel ne s’offusque pas. Il se contente de regarder longuement le petit homme dégarni qui lui fait face et reste silencieux. Il ne paie vraiment pas de mine avec sa calvitie prononcée et ses tenues sportives bon marché. Castel n’ignore pas que c’est précisément ce coté un peu minable qui fait que Gallant est toujours en vie la cinquantaine passée tandis que les innombrables agents ennemis qui l’ont pris pour un rigolo ont l’éternité pour regretter leur erreur. Il ouvre le tiroir latéral du bureau et sort une bouteille de Fine avec deux verres. Il les remplit généreusement avant d’en pousser un devant l’homme qui est son âme damnée depuis bientôt un quart de siècle. Toujours aussi méfiant, Jean-Louis Galant attend que son supérieur boive une gorgée avant d’en faire autant ce qui ne manque pas de faire sourire Castel :
- Galant ?
- Oui, mon Colonel ?
- Est ce que vous m’aimez bien ?
- Non, mon Colonel.
- Pourquoi ?
- Ben… Vous êtes tordu, faux-derche, menteur, vénal et lâche. Pour faire rapide.
- …
- Heu… Je ne vous ai pas vexé au moins, patron ?
- Hein ?! Ah… Non, non ! Je demande, vous répondez…
- Ben ouais.
En fait, si le patron de la Division Action reste de marbre ou presque, il accuse difficilement le coup et il s’envoie une nouvelle gorgée d’alcool pour masquer son trouble.
- C’est… disons… que je ne suis pas habitué à ce que les gens me répondent ce genre de chose quand je leur pose une telle question…
- Fallait pas demander non plus…
- Certes, me voilà bien attrapé ! Dîtes donc Galant : ça vous intéresse de savoir ce que je pense de vous ?
- Non.
- Après ce que vous venez de m’asséner, ça me ferait du bien de vous le dire pourtant, comprenez-vous ?
- Oui mais je vous le déconseille, patron.
- Ah tiens ? Et pourquoi cela, je vous prie ?
- Parce que si vous disiez ce que je pense que vous diriez, je vous collerai mon poing dans la gueule, patron, voilà pourquoi !
- Tiens donc ! Et qu’est ce que je dirais selon vous ?
- Vous me diriez un truc pour me vexer, souffle le teigneux sans émotion d’aucune sorte en finissant son verre d’un trait. Genre que je suis un pécore doublé d’un crétin à front bas ! Un truc du style… Non ?
- C’est possible, en effet, acquiesce de la tête le vieux soldat en désignant la bouteille à Gallant qui refuse de la main.
- Ben ouais. Donc vaut mieux pas.
- Si je m’applique votre très basique réaction, qu’est ce qui m’empêche dans ce cas de vous frapper après le très humiliant jugement que vous avez porté sur moi ?
- Ben le fait que je vous balancerai aussi mon poing dans la gueule après avoir esquivé votre minable tentative, patron !
Castel termine son verre et se ressert généreusement.
- Vous avez une approche des situations relativement simpliste en fait…
- On ne me paie pas pour faire dans le compliqué, mon Colonel.
- Je n’aime pas parler avec vous d’autres choses que des points qui concernent le Bureau finalement, Galant. Vous parvenez à me faire douter de la supériorité du cerveau sur le muscle et c’est extrêmement déstabilisant pour moi.
- J’en suis navré, mon Colonel.
- C’est faux, Galant.
- J’essayais d’être poli…
- N’essayez plus dans ce cas ! Est ce que j’essaie de vous frapper moi ?
- C’est mesquin ça, Patron !
- Vous aviez qu’à ne pas être sincère ! Les espions n’ont pas à l’être et encore moins avec leur hiérarchie directe ! Bon… je vous accorde que tout ceci est ma faute. Je n’aurai pas dû sortir cette bouteille…
- Elle est bonne.
- Elle peut, mon vieux ! sourit le Colonel en faisant tourner son verre lentement. Je ne sais vraiment pas pourquoi je me suis ouvert à vous alors que vous n’êtes qu’un être partiellement civilisé et incapable de compassion.
- Ah ben putain si j’avais su… se renfrogne le pauvre Gallant.
- Et bien c’est trop tard ! Voilà ! C’est dit ! Je vous offre une Fine hors de prix mais vous ne m’aimez pas - vous me dîtes même pourquoi d’ailleurs… - et vous ne savez pas ce que je pense de vous car vous n’en avez cure.
- Ben ouais…
- Je n’essaierai plus de vous parler franchement, Gallant !
- M’en fous, mon Colonel !
- Et je ne vous servirai plus à boire car vous êtres désagréable !
- Ça je m’en fous moins mais c’est pas grave quand même.
Castel remet la bouteille dans le tiroir. Il est irrité par ce sale nabot si lucide sur ses propres carences et qui n’en a cure. L’attitude de son subordonné le renvoie à sa propre fatuité, à cette envie viscérale de tout contrôler et de renvoyer à autrui une image sociale parfaite que tous lui envient mais dont ce minable se fiche. Là où il espérait distiller une bonne dose de moquerie vexante, c’est d’un ton trop sec qu’il regrette immédiatement qu’il crache :
- Maintenant que je sais à quoi m’en tenir concernant notre relation, revenons-en plutôt à « la Fouine », je vous prie.
- Dac, patron. Bon déjà, une conclusion s’impose d’elle même : si elle remonte jusqu’au « Monsieur », ce foutu macaque d’Albanais claquera plus sûrement qu’un élastique de Benji supportant Demi Roussos, vous pouvez me croire ! Et ensuite c’est nous qui prendrons l’élastique en pleine poire. Avec de l’élan !!!
- Certes ! Cet homme est incontestablement un problème majeur. Il est le seul lien qui peut ramener cette furie jusqu’à nous. Puisque nous ne savons pas où votre ex-agent se trouve, il me semble urgent d’éliminer cette menace potentielle avant que « la Fouine » ne retrouve sa piste.
- Sans rire ? On l’efface comme ça ? Attention, c’est qu’il s’est acheté une respectabilité depuis cinq piges, patron. Certaines huiles qui font du business et jouent au gold avec lui risquent de ne pas trop apprécier…
- Je me fiche des états d’âme de deux ou trois prétentieux : liquidez l’Albanais !
- Ca marche. De toute façon je dis ça, je dis rien : j’ai jamais pu l’encadrer ce prétentieux !
- Vous n’aimez décidément pas grand monde, mon vieux…
- Hé Oh ça va pas recommencer hein !!!
- Pardon… J’essaie de ne pas revenir dessus mais le fait que vous ne m’aimiez pas m’énerve, Gallant !
- Ressortez la Fine et je vous aimerai un peu, promis Patron ! glousse le petit bonhomme.
- Pardonnez l’emprunt d’expression mais… vous pouvez vous brosser !
Les deux hommes partent d’un rire court mais sincère et le Colonel Castel se dit qu’après tout, à défaut d’être agréables, les choses ont l’avantage d’être claires avec cette tête de buche. A la grande satisfaction du commandant qui commençait à trouver ça franchement lourdingue, le vieux soldat lève les yeux au ciel en affichant une mimique amusée sur lui-même qui indique que ses errements amicaux sont terminés.
- Une fois cet obstacle fâcheux éradiqué, retrouvez les dossiers que cette informaticienne qui pilotait le réseau de Catherine Régeant a en sa possession.
- Nathalie Cotré ? Elle n’a pas parlé il y a cinq ans… Et pourtant elle a dégusté, croyez moi sur parole : j’étais intervenu à la barre de fer personnellement sur la bête pour m’en assurer !
- Certes mais si à l’époque ces dossiers étaient secondaires tant que nous éliminions la « Fouine » et nous assurions de la collaboration de l’informaticienne, maintenant la situation est très différente. Puisque cette plaie de Tueuse est de retour, il faudra faire parler l’informaticienne pour que nous préparions notre riposte médiatique. Coûte que coûte ! Découpez là morceau par morceau s’il le faut mais il nous faut ces informations !!!
- C’est facile à dire quand on a le cul dans son fauteuil…
- Allons Jean-Louis, pas de ça avec moi ! Le topo est simple. Même pour vous… Compte tenu du contexte politique, nous ne survivront pas à des révélations médiatiques. J’entends par là une signification très littérale, cher vieux… Le gouvernement actuel n’hésitera pas à sacrifier deux fusibles pour se préserver malgré tous les dossiers que nous pourrions avoir mis de coté, soyez en assuré !
- A défaut de les suivre, je connais les règles, mon Colonel.
- Fort bien alors. Qui allez-vous mettre sur cette affaire ? Nous travaillons sans filet, inutile que j’insiste sur ce point…
- Pour ce genre d’opération, je ne vois que les « Odalisques ».
- Ah tiens ?! Elles n’ont pas été démantelées celles là ? Après le coup de la Fouine justement, j’aurai juré que…
- Nan patron, toutes les unités Odalisques sont actives et au top, croyez-moi !!! Je propose qu’on envoie une section de nettoyage pour l’Albanais et les deux autres chez l’informaticienne des fois que cette plaie de Fouine y soit avec son duo de tarés. Catherine Régeant est une flamme qui nous crame le cul, j’vais la noyer dans un brasier, moi !!!
- Ma foi, quelle emphase!!! s’étonne Castel agréablement surpris.
- De quoi donc ? mugit l’autre.
- Rien, commandant Galant… se lamente le colonel. Laissez tomber et lancez l’opération.

* * * * * * *

- Le commissaire principal Marmand, je vous prie.
- Qui c’est ? demande le commissaire Morelli à son adjoint qui vient de décrocher le combiné.
- Z’êtes qui ? demande Léo Capron en reprenant le gribouillage qu’il avait initié avant que le téléphone ne sonne.
- Je suis votre ministre de tutelle en personne, mon garçon, alors passez moi le commissaire principal Marmand et vite !
- C’est le ministre, répond Léo Capron mollement sans même masquer le combiné.
- Ah, balance Antoine, passionné. Et y veut quoi ?
- Vous voulez quoi, m’sieur le ministre ? répète l’inespéré standardiste d’un ton neutre.
- Je tiens à féliciter personnellement le commissaire principal Marmand pour son action !!! Vous êtes des héros, messieurs. Passez le moi maintenant.
- Il veut féliciter Greg pask’on est des héros, annone Capron à son chef en désignant le téléphone de l’index, un sourire incrédule sur ses lèvres minces.
- Ah. Ben ça pas être facile là, sourit à son tour Morelli en inclinant la tête.
- Ca va pas être facile, m’sieur le ministre, répète le tondu du même ton plat.
- Non mais enfin voyons ! Qu’est ce que c’est que cette histoire, mon ami ?! Mettez-moi de ce pas en communication avec Marmand et arrêtez de me faire perdre mon temps.
- Il veut causer à Greg et que j’arrête de lui tenir la jambe.
- Ah. Bon ben passe le moi alors, se rend Morelli en tendant la main avant de jeter dans le combiné un « Allo ? » de circonstance.
- Marmand ? se rassure lui même le ministre sans attendre la confirmation. Félicitations, commissaire !!! Un infirme sauvé d’une bande de criminels sadiques, la presse en fait ses choux gras et notre politique sécuritaire rassure.
- C’est pas Marmand, monsieur le ministre.
- Allons bon ?! Et vous êtes qui vous maintenant ?! Où est le commissaire principal ?
- Je suis Antoine Morelli et je suis aussi commissaire principal à l’Office central de lutte contre le crime organisé.
- Bien, bien, on avance… Passez-moi votre collègue Grégoire Marmand alors, vous serez bien aimable.
- Ça c’est moins sur.
- Mais comment donc ?
- Bah c’est que Greg a un peu pété un câble, en fait. Il est comme qui dirait chez les dingos là, monsieur le ministre.
- Ah mais c’est très ennuyeux ça… Une conférence de presse est déjà organisée ainsi que les séances photos.
- Greg en pyjama de jobard mâchouillant sa langue en bavant, ça risque de le faire moyen, monsieur le ministre.
- Comme c’est fâcheux ! On ne m’avait pas informé que le commissaire avait été interné…
- Ben si on vous disait à chaque fois qu’un flic débloque et part chez les zinzins, vous feriez que ça de vos journées, nuit comprises, vous savez…
- Il me faut un officier pour concrétiser l’événement, Moretti… !
- Morelli…
- Qui selon vous ferait l’affaire au sein de l’équipe qui est intervenue ? ignore le pompeux. Vous mon ami ?
- Non moi je ne suis pas rasé et j’imprime mal l’objectif sans vous offenser. Il y aurait le capitaine Ricard du Raid mais il est sur le terrain… Ah ben il resterait bien votre neveu, monsieur le ministre.
- Qui ça ?
- Votre neveu. Le Commandant de Police Pougin de Guérinand. En plus si je peux me permettre, les photographes, c’est plus son truc que les malfrats…
- Eusèbe-Firmin n’est pas à l’hôpital, blessé en action ?!
- Si on veut… Le plus salement touché c’est son froc vu qu’il a chié dedans, mais son gilet l’a sauvé. Comme quoi certaines rallonges budgétaires des fois…
- Oui, oui, certes ! élude le politique tout à sa réflexion en cours. Attendez que je réfléchise un instant à votre inespérée proposition ! Mmmm… Oui… C’est encore mieux effectivement : Eusèbe-Firmin a de l’allure et il a été blessé durant l’assaut…
- Il dit quoi ? se rencarde doucement Léo sans lever le nez de ses gribouillis.
- Que le futal d’Eusèbe-Firmin est un héros.
- Ah… commente très justement le rasé au bombers.
- Merci, Maronni ! s’exclame joyeusement le ministre. Excellente idée ! Je prends contact avec l’officier de Guérinand, c’est un candidat I-D-E-A-L. Beau travail, messieurs ! Vraiment !!!
- Monsieur le ministre… lance Antoine rapidement.
- Oui quoi encore, mon ami ?
- Pour l’arrestation de la « Fouine », on est un peu dans la soupe là. Grizzli, le chef des détraqués, s’en sortira peut être mais vu qu’il est toujours dans le coma en ce moment, nos chances de l’interroger pour obtenir des infos sont quasi-nulles et nous n’avons plus de piste sérieuse. Du coup je pensais que…
- Ne pensez plus, Moreno : la DGSE reprend le dossier ! Vous êtes tous suffisamment éprouvés par ces évènements. Surtout que tout ça c’est un peu une histoire interne entre espions n’est-ce pas ?
Le silence qui suit contraint le ministre à demander :
- On ne vous avait rien dit pour la DGSE ?
- Non, coupe le commissaire, plus du tout enjoué.
- Et bien c’est fait. Reposez-vous, mon ami ! Et encore une fois, excellent travail !!! raccroche le mielleux.
Antoine Morelli reste immobile, le combiné toujours dans la main. La bruit lancinant indiquant que l’appel est terminé finit par agacer Capron qui lève le nez de son œuvre improbable et voit que son ami affiche sa tronche des mauvais jours, les yeux dans le vague. Ennuyé, il demande prudemment :

- Y a un blême, Tony ?
- ...
- Tony ? Putain mais cause moi à la fin : il disait quoi alors le ministre ?
- Il disait qu’ils vont la tuer.

* * * * * * *

- Alors ? demande Farid.
- Elle s’est enfin endormie, répond Bibi en s’avachissant dans le canapé à coté du Tunisien.
- Une chance que vous ayez dégotté cette piaule à coté de chez Miko quand même.
- La chance n’a rien à voir. Un pro a toujours une planque dispo non loin de l’endroit où ça risque de chauffer.
- J’ai pas de planque moi.
- C’est ce que je dis.
- Pfff… N’empêche que planque ou pas, elle a ramassé un sacré coup sur le caillou là, ta nana ! J’te cache pas que j’suis inquiet quand même… Avec son poids elle a du taper dans le fond d’la piscine après le saut, j’vois que ça.
- C’est les nerfs…
- Possible ! J’suis pas toubib moi ! J‘aurai plutôt penché sur le ciboulot si tu veux mon avis…
- Non.
- …mais c’est p’t’être AUSSI les nerfs. Ceux d’la tête quoi !
- Dis donc « la Pierrade », s’enquiert l’homme au Magnum, suspicieux, t’aurais pas été bercé trop près du mur aussi quand t’étais chiard ?
- Tu sais mon pater c’était plus les taloches que les berceuses…
- Ouais ben il avait la main lestée à la fonte ton Dab paske si tu comprends pas que Micheline puisse craquer après ce qu’on a vécu toute à l’heure, c’est quand même que t’es un gros mou du bulbe !!!
- Oh t’excite pas là… C’est pas ma faute si elle est marteau, la baleine !
- Farid…
- Ouais ?
- J’vais pas te tarter.
- Ah ben c’est cool ça, mec.
- Par contre si tu l’appelles une fois encore « la baleine », « Tim Tom trois tonnes », « L’o-baise moi l’cul » ou une de tes joyeusetés habituelles, j’te flingue. C’est compris ?
- Hé Oh Bibi, j’suis pas débile quand même ?!
- Je ne réponds pas à la provocation facile...
Un Ange probablement un brin suicidaire passe.
- Sans dec’, Bibi… Tu penses qu’elle est braque pour de bon la gro… Heu… Micheline ?
- Je pense surtout qu’après cinq piges à rien glander à part s’arroser le gosier, c’était un peu trop aujourd’hui, tu vois ? Genre son cerveau s’est mis au point mort pour gérer le truc.
- Et ça fait ricaner connement, ça ?
- Ben ça peut. Regarde toi : tu ricanes bien connement tout le temps et tu comprends keud’. Pourtant t’as pas eu de choc…
- Pas eu de choc, pas eu de choc, t’en as de bonnes toi, s’insurge le Tunisien en montrant l’énorme pansement qui lui entoure le crâne, lui donnant un air de pirate mauresque.
- Je parle de réaction mentale consécutive au stress, pas de beignes sur la frite !!!
- Stress de quoi ? Peuh… J’vois vraiment pas s’qu’on a pu faire de si terrible ?!
- Je sais bien que tu ne vois pas, Farid, répond Bibi fatigué. Allons pioncer, mec. Demain Micheline sera d’attaque tu verras.
- Dis Bibi ?
- Quoi donc ?
- Y a quand même un truc qui me fait flipper…
- Ah ? Toi ? Ben dis…
- Tu sais le mec que j’ai un peu croqué…
- Oui et bien ?
- C’est possible que j’attrape le Sida avec son sang et tout ?
- Ben… je sais pas trop moi…
- Non paske tu vois, je l’ai déjà chopé alors je voudrais pas le rechoper quoi !
- T’as le Sida toi ?
- Meuh nan j’déconnais… explose de rire l’andouille. C’était juste pour voir ta gueule et pour être certain que tu m’fasses pas les fesses tant que ta moitié est dans le pâté !!!
- Non mais quel abruti !!! C’est vrai qu’avec ta tronche de pub pour Urgo, t’inspire franchement le désir, Toutankarton !

* * * * * * *

Nathalie Cotré prend connaissance du désastre sur le Net.
Le « trio sanglant » - comme les ont très prosaïquement baptisés les journalistes - a échappé par miracle au traquenard tendu par le « Monsieur » chez Mirko le mutilé et la police a fait un carton sur le gang des Apaches. Preuve si nécessaire que Catherine reste une femme brillante et pleine des ressources. Elle l’a prouvé simplement en étant encore en vie avec ses amis malgré la meute lancée à ses trousses. Elle a donc déjà dû faire le lien entre le piège et la seule personne qui était en mesure de la donner à l’ennemi pour l’organiser.
Alors Nathalie s’est préparée à sa visite.
Elle est en paix avec elle même bien qu’elle regrette sa lâcheté jamais démentie depuis toutes ces années qui lui a fait trahir la seule personne qu’elle ai jamais réellement aimé. Certes les agents de la DGSE et les Albanais avaient été très convaincants : ses jambes mortifiées en attestent. Et les cinq années de purgatoire qu’elle a vécu ensuite avec son remord l’empoisonnant plus sûrement que la drogue qu’elle prend pour oublier la douleur de ses membres torturés l’ont conduite à une forme de fatalisme étrange.
En détruisant tout simplement les dossiers que Catherine lui avait jadis confiés, elle sait qu’elle vient de perdre sa dernière chance de troquer à nouveau sa misérable vie. Elle ne voulait pas prendre le risque de craquer encore lorsque les agents de la DGSE viendraient.
Pas cette fois.
Maintenant qu’elle a brûlé ses derniers bateaux, elle est curieusement paisible.
Elle va mourir.
Probablement de la main de celle là même qu’elle trahit jadis pour que cesse la douleur.
Arque boutée sur ses béquilles, elle se dirige vers la salle de bain, traînant ses jambes mortes derrière elle comme s’il s’agissait de son infamie et de sa honte.
Elle va se pomponner et se maquiller puis elle mettra sa plus belle robe et s’installera derrière sa console.
Comme avant.
Elle devrait avoir le temps.
Catherine n’a jamais été du soir pour ce genre de… travail.

* * * * * * *

Lorsque son beeper retentit, l’homme fait pivoter son fauteuil pour prendre connaissance du bref message. Loin de se formaliser, son interlocuteur se détourne poliment et attend patiemment, les mains dans le dos.
- L’Anti-gang est officiellement dessaisie de l’affaire, annonce paisiblement l’homme sans regarder le géant blond qui se retourne un peu trop brusquement. Les unités d’assaut de la DGSE vont les remplacer et elles n’oublieront pas de nettoyer ce gâchis. Elles vont venir pour moi maintenant.
Le grand tueur va pour parler mais le Monsieur lève la main en souriant et reprend d’un ton parfaitement calme :
- Tu peux t’en aller, Rachko, il n’y a plus rien que tu puisses faire. Je te remercie pour ta fidélité jamais démentie depuis toutes ces années.
- Il ne faut pas rester là en attendant qu’ils arrivent, voyons ! s’emporte le balafré en posant un regard fiévreux sur l’homme assis qui colle maintenant ses paumes l’une contre l’autre en dodelinant de la tête en signe de négation. On peut encore les prendre de vitesse et retourner chez nous, Monsieur. Une fois là-bas, nous serons intouchables.
- Rachko, Rachko, Rachko… souffle le Monsieur avec douceur, les règles ont changé, mon garçon. Tu imagines que les méthodes des services spéciaux français sont différentes des nôtres ?! Plus maintenant… Ils ont appris de nous. Ils ont hérité de notre sauvagerie tandis qu’à l’inverse, nous aspirions à nous intégrer à leur monde.
Le géant ouvre déjà la bouche pour protester. Une fois encore, l’homme lève la main paisiblement et Rachko referme la bouche, une mimique gênée, presque enfantine, plaquée sur son visage de cauchemar. Une dizaine de secondes de silence lourd s’éternise et le Monsieur explose :
- Non mais regarde-moi ! Je suis devenu un homme d’affaire respecté et ma propre famille actuelle ignore jusqu’à l’homme que j’étais. Même si je le souhaitais, je ne peux plus redevenir cet homme aujourd’hui. J’ai juste feint d’en être capable pour régler un vieux compte avec cette femme. C’était stupide. Totalement stupide…
- C’est faux ! Ensemble… s’emporte à son tour le géant.
- Elle a hiberné, l’apaise de nouveau le Monsieur gentiment en se levant pour poser sa main sur l’épaule du gigantesque assassin. Si son physique s’est détérioré, son mental est resté tel qu’il était il y a cinq ans. Elle s’est même probablement endurcie encore plus à mesure que je m’affaiblissais. Mais surtout, la solitaire qu’elle était s’est entourée de deux redoutables assassins qui pallieront ses éventuelles faiblesses. La réveiller était une erreur. Je pensais devoir éliminer une seule bête féroce blessée alors que je suis confronté à une meute. Je vais devoir payer le prix de cette erreur…
- Je la tuerai ! se rebiffe le Géant.
- Quand bien même tu y parviendrais, la partie est déjà terminée. L’échec et mat est prononcé et si le Roi vaincu est encore debout, c’est juste une question d’heure – de minutes – avant qu’il ne soit terrassé. Rentre en Albanie, Rachko. Par amitié pour moi. Laisse la DGSE éliminer le monstre qu’elle a créé et sauve ta vie tant que tu le peux.
- La « Fouine » retournera chez l’informaticienne. Ne serait-ce que pour lui faire payer sa trahison et récupérer les dossiers compromettant pour le gouvernement français qui lui permettront ensuite de négocier sa pitoyable existence.
- L’informaticienne n’a jamais confirmé l’existence de tels dossiers.
- A l’époque c’était secondaire puisqu’il s’agissait simplement de piéger cette garce de Régeant. Mais je sais que ces dossiers existent ! Je suis un transfuge des services secrets moi aussi. Sans de telles pièces, jamais elle n’aurait pu les quitter et survivre. Si je récupère les dossiers avant elle, j’achèterai notre vie auprès des Français.
- C’est trop tard, mon ami ! souffle l’homme en désignant les ombres furtives qui envahissent les écrans de contrôle de la villa avant de se disperser dans l’immense parc privatif.
- Ils sont nombreux… lance froidement le tueur.
- Pars. Ils ne sont là que pour moi. Ta mort ne servira à rien et je suis condamné de toute façon, même si j’échappais à ce commando.
- Je vais les tuer. Tous. Puis je reviens vous chercher.
- Je sais que tu les tueras, mon ami. Tu es le meilleur et je ne doute même pas une seconde de ton succès. Mais qu’adviendra t’il ensuite selon toi ?
- Je ne sais pas mais… nous serons sauvés, gémit le colosse blond.
- Sauvés ?
L’homme élégant part d’un bref rire sans joie :
- Ils s’en prendront à ma famille, Rachko ! A cette nouvelle famille bien lisse et honnête qui t’amuse tant mais qui n’a pas à être sacrifiée sur l’autel de ma survie.
- Non… balbutie le tueur. Nous pouvons… Nous pouvons aussi les protéger. Nous les emmènerons avec nous ! En Albanie ! Ce sera terminé !
- Rachko Piavic… Mon ami… soupire avec une douce patience l’homme puissant qui souhaite écourter cette discussion avant de craquer et de mendier pour sa survivance. Tu sais que c’est terminé. Tu le sais ! Tu sais aussi de quoi ces hommes sont capables. Je suis devenu un témoin bien trop embarrassant. Et je suis trop fatigué pour me battre contre eux.
- Je me battrais pour deux !!!
Rachko reporte son attention sur les caméras de surveillance, comptant mentalement les assassins qui se confondent dans la nuit et progressent avec l’agilité d’une horde de fauves.
Il ne voit pas l’homme trembler quand il ouvre le tiroir et place le revolver de gros calibre dans sa bouche. Mais il le sent. Il se retourne et pousse un terrible cri de désespoir couvert par l’explosion qui retentit dans la pièce.

* * * * * * *

- Alors, Antoine ? C’est pas franchement nauséabond tout ça, se désole le capitaine Christian Ricard au téléphone.
- Laisse tomber, Christian, lâche Morelli d’un ton froid. J’estime qu’on a assez donné dans cette histoire…Deux inspecteurs blessés, un de tes ninjas qui restera peut être paralysé et Mat décapité, ça fait cher le bout alors on passe la main. Y a que Greg le Deg’ enfin coffré chez les loufdingues qui nous rembourse un peu mais accorde moi que la bouftance vaut franchement pas l’addition !
- Je suis navré mais je ne peux pas faire une chose pareille, Antoine. Je suis policier. Savoir que le gouvernement qui me paie appointe aussi des meurtriers puis les élimine en utilisant des gangs maffieux que je combats me débecte.
- Tu survivras. Surtout que si tu es aussi honnête que tu aimes à le dire, tu l’as toujours su sans simplement vouloir l’admettre. Alors me joue pas la grande scène du deux, tu veux ? De toute façon, le ministre a été très clair : on est plus sur l’affaire ! Tu ne devrais même plus être là bas en train de consulter ces archives, mon pote.
- Ils vont abattre cette femme comme une bête.
- Mais Catherine Régeant EST une bête, crache Morelli. C’est une meurtrière multirécidiviste, une tueuse de sang froid. Et le fait qu’elle ait porté une carte tricolore à une époque ne change rien à ça.
- Tu as lu ce qu’ils lui ont fait subir !!!
- C’est une criminelle. Elle connaissait les risques du milieu dans lequel elle avait choisi d’évoluer.
- Pas l’autre. Pas cette Nathalie Cotré. Elle était son alliée du temps de la DGSE mais ils lui ont massacré les deux jambes. Elle va aussi payer l’adition comme tu dis, alors qu’elle n’est qu’une civile.
- Cotré est la complice de Régeant. Elle a suivi la Fouine après sa démission.
- Oui mais la peine de mort est abolie et la torture aussi au cas où tu l’ignorerais, Antoine ! se rebiffe le rouquin.
- Abolis ? Ah oui… Par ceux là même qui se permettent d’exécuter ceux qui les dérangent. Allons réveille-toi : rien n’a vraiment changé, Christian ! Les choses sont simplement plus opaques et permettent au gentil peuple d’avoir bonne conscience et de s’abrutir tranquillement devant la téloche pendant qu’on s’assassine dans le noir. La République est une vieille Dame fausse et cruelle mais elle rassure.
- Tu es cynique, commissaire principal Morelli.
- Et toi idiot, capitaine Ricard.
- Je ne les laisserai pas tuer cette femme, raccroche l’officier du Raid avec froideur.
Antoine Morelli bascule en arrière dans son fauteuil qui a vu des jours meilleurs mais contribue à sa concentration. Il croise les mains derrière sa nuque, ferme les yeux et respire doucement « avec le ventre » comme son kiné le lui avait appris quand ses lombaires le taquinaient. Mais ça ne marche pas. Pas cette fois.
- Tu fais quoi ? demande l’inspecteur Léo Capron a son patron qui s’est levé comme un typhon et enfile son blouson, rouge de rage contenue.
- Une énorme connerie… gronde la tomate humaine. Je veux vérifier si j’ai vraiment discuté avec le dernier Zorro du pays pour sauver son cul si j’en ai la possibilité.
- Oh coco, on est pas couverts sur ce coup !
- Je sais.
- Je… je viendrais bien, Tony. Pas cette fois. Pas après que les choses s’arrangent enfin avec Isabelle. Et puis il y a les petites, tu…
- Te casse pas, Léo. De toute façon je t’ordonne de rester.
- Tony… Tu devrais pas y aller, mon pote. Tu sais que Zorro bossait en solo ?
- Raté gamin ! Zorro sortait jamais sans Bernardo, son serviteur muet !
- Oui ben fais pas le con sinon muet, tu risques aussi de l’être. Pour de bon.

* * * * * * *

La tueuse de l’ombre progresse lentement. Elle fait partie de la section Alpha du commando « Odalisque », la crème du service « Action » de la DGSE, et son unité est uniquement composée d’agents féminins. Elle est jeune, brillante, particulièrement douée et elle n’a peur de rien. Son groupe fait sa force : elle tue sans pitié et sans états d’âme tous ceux qu’on lui désigne comme cible. Sa camarade qui la précède se fixe, accroupie, son arme pointée vers le haut des escaliers. C’est à elle de progresser maintenant. Elle se relève souplement, prête à s’élancer quand l’étau de fer s’abat sur ses bras et ses cotes puis qu’une main énorme écrase sa bouche, la réduisant au silence. Littéralement soulevée du sol et entraînée en arrière, elle disparait comme par enchantement. Elle sait qu’elle va mourir et cette pensée qui ne l’avait jamais effleurée jusqu’ici la terrifie.

* * * * * * *

Raoul Bicarosse dort d’un sommeil sans rêve. Lorsque Micheline lui pose la main sur le front tendrement, ses sens normalement aiguisés par des années de guerre et de violence s’apaisent paradoxalement. Il se laisse aller à la douceur de ce contact qui lui apporte un bonheur simple et absolu.
- Bibi…
- Oui, ma puce.
- Allons chez Nathalie.
- Tu te sens mieux, bébé ? élude Raoul.
- Disons que je suis redevenue lucide et que je n’aime pas la conclusion à laquelle j’arrive.
- C’est elle qui t’a donné n’est ce pas ?
- Elle était la seule à être au courant, Bibi. Et elle est aussi notre seule assurance vie. Les Albanais, c’est une chose, mais sans mes dossiers, jamais le Service ne me laissera en paix.
- Mais tu as tes dossiers, ma puce.
- Nat aussi. Il faut toujours deux jeux en cas de souci mais si la DGSE trouve la copie que je lui ai laissée par sécurité, ils monteront immédiatement une opération de désinformation qui rendra mes faits caducs. C’est leur ignorance du contenu de ces documents qui crée la dangerosité pour eux. C’est un chantage subtil où il n’y a que des perdants si les faits sont dévoilés. Néanmoins, tu n’as pas idée à quel point ces gens sont habiles, Bibi. Surtout lorsqu’ils se retrouvent acculés comme maintenant. Ils sont probablement déjà en train de modifier les traces de mon passage chez eux et tu verras que demain, Catherine Régeant n’aura finalement été qu’une simple analyste médiocre mais certainement pas un officier de terrain sanguinaire. Du coup, ils n’auront pas d’autre choix ensuite que celui d’effacer tous ceux qui pourraient remettre en question cette nouvelle vérité.
- Ca se tient, acquiesce le Tueur. Mais il est tard, chérie. Et tu n’as pas eu une journée facile. Repose-toi un peu ou tu risques de craquer à nouveau. On ira demain matin, t’inquiète.
- Demain matin nous serons des morts en sursis, grand. Il est peut être même déjà trop tard…

* * * * * * *

- Combien êtes-vous ? souffle l’homme derrière la tueuse des « Odalisques » avec son désagréable accent de rocaille.
- Vous allez me tuer… gémit la fille.
- Si tu ne me réponds pas, oui.
Bien que la phrase laconique ne donne pas à la tueuse d’espoir sur sa survie, elle sait qu’il l’abattra sans hésitation si elle ne gagne pas du temps. Ses camarades sont déjà à sa recherche car leur mode opératoire est précis et sa disparition doit avoir été détectée quelques secondes après s’être produite.
Gagner du temps.
- Nous ne sommes pas là pour vous faire du mal… commence la fille.
Son agresseur plaque à nouveau sa main sur sa bouche et enfonce la lame du poignard de combat profondément dans la fesse de la tueuse en tournant. La douleur est insupportable mais elle a beau se débattre, la poigne de fer la maintient tout le temps que l’acier fouille ses chairs horriblement.
- Combien êtes-vous ? répète l’homme.
- Cinq, souffle la tueuse, le corps encore irradié par cette intolérable souffrance. Nous sommes cinq. Nos ordres sont de…
- Merci, petite fille ! achève Rachko Piavic dit « l’Ange » en l’égorgeant d’une oreille à l’autre avant de faire doucement glisser son corps au sol car deux ombres s’approchent dangereusement de sa position.
Il doit sortir d’ici afin d’aller chez cette amie de la « Fouine » pour le dernier acte mais il ne pourra le faire qu’une fois qu’il aura les quelques éléments stratégiques qui lui manquent encore. Mais surtout, il doit faire vite car une seconde équipe est probablement déjà sur place là bas pour en terminer avec cette histoire qui embarrasse décidément beaucoup trop de monde.
Replaçant son poignard dans la gaine après l’avoir nettoyé sur la tenue de combat de sa jeune victime, le géant entame une reptation silencieuse dans le jardin.
Il va s’occuper du reste du commando présent ici. Il va le faire dans un endroit adapté. Et il aura ses informations.
A sa façon.

* * * * * * *

- Pourquoi elle t’a donnée ? demande le Tunisien mal réveillé de l’arrière de la voiture, la tête passée entre les appuie-têtes des sièges avant comme un sale gosse capricieux.
- C’est la chose que j’ignore encore, Farid. Nous étions amies et j’avais toute confiance en elle. Il est probable qu’ils l’ont torturée. S’ils l’avaient achetée, elle n’aurait pas commis l’imprudence de rester là quand elle a appris que j’étais encore vivante.
- Moi les balances, ça m’débecte !
- Les choses ne sont pas toujours aussi simples qu’elles paraissent, tu sais.
- Balancer, c’est simple !
- Ouais ben si t’arrêtais justement de balancer des postillons dans toute la bagnole, ça m’ferait plaisir, grogne Bibi le conducteur.
- Hé viens pas m’gonfler l’baigneur et concentre toi sur la route, Clint ! J’cause à la dame.
- Pourquoi il t’appelle Clint, Grand ? demande la grosse en gloussant.
- Paske j’ai eu la faiblesse d’expliquer à ce pue du bec pourquoi Grizzli m’appelait comme ça. D’ailleurs toi, tu ferais bien de pas trop la ramener parce que tu as été plus que moyenne avec tes délires sur Harry…
- De quoi tu parles ? s’enquiert candidement Micheline.
- De rien… Et j’me comprends, se renfrogne le conducteur, agacé.
- Bon ben moi je ne comprends rien… lâche la grosse qui intègre qu’elle n’a pas les fesses très propres sur ce coup. Alors à défaut de Harry, on peut m’expliquer le coup de Clint que je rigole aussi ?
- Non, grince le Tueur au 44.
- Meuh si t’inquiète, intervient le traître à bandelettes. Ouais trop mort de rire là ! Mate le topo, Micheline : l’autre tatoué là – Grizzli – il appelle le Bibi Clint Eastwood pask’il a le même flingue que l’acteur dans un film.
- Ah d’accord ! concède la Grosse poliment malgré son ignorance crasse concernant le cinéma américain.
- C’est ça qu’est mortel ! explose le Tunisien. Lui donner du Clint alors qu’on dirait Jean-Pierre Foucault, le Bibi !!! C’est comme si on m’appelait Omar Sharif paske je joue au tiercé et que j’suis arabe, tiens !
- Omar Sharif est égyptien, corrige Micheline.
- Ben c’est ce que je dis, contre le cinéphile géographe, définitif.
- Ah mais ferme là, bon sang ! braille Bibi. Ou alors ouvre là mais du fond de ta banquette ! T’as vraiment trop une haleine de chacal le matin, Farid !!!
- Mais c’est pas ma faute ! C’est pask’y en a un qui m’a fait sauter des plombages à coups de latte toute à l’heure chez Miko. Vu la taille des cratères, j’ai du mal à brosser dans les trous moi, se plaint le dévasté des chicots. Je suis un criminel endurci, pas un terrassier des plombages, faut comprendre !
- Mouais ben on dirait quand même que t’as mangé tes chaussettes ! Pis de toute façon ferme donc ta boîte à claquos, on arrive.
- Cette fois je prends l’artillerie lourde, renâcle l’égout buccal en préemptif.
- Cette fois je ne ferai pas la connerie de t’en empêcher, rétorque la Grosse.
- T’as peur Micheline, demande « la Pierrade ».
- Je suis terrifiée. Mais je ne craquerai plus.
- Et toi t’as peur, Clint ? insiste le boulet.
- J’ai surtout peur de ne pas pouvoir m’empêcher de te mettre ma main dans la tronche!
- Ben moi on me d’mande pas mais moi j’ai pas peur !
- Normal. Faut un minimum d’intelligence pour ça.
- En place pour la conclusion, mes amis, coupe « la Fouine » en sortant de la voiture.

(le forum n’acceptant que 60 000 caractères par message, la suite dans un second fil…)
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (1/2)

Message par zwell » jeu. 13 janv. 2011, 23:53

Sans rire ? On l’efface comme ça ? Attention, c’est qu’il s’est acheté une respectabilité depuis cinq piges, patron. Certaines huiles qui font du business et jouent au golf avec lui risquent de ne pas trop apprécier…
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (1/2)

Message par Dou2 » lun. 17 janv. 2011, 11:12

Merci :)
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Re: Viande hachée et Carpaccio - Chapitre 10 (1/2)

Message par Balbine » mer. 31 août 2011, 21:15

avis aux amateurs: ce récit est désopilant, j'en suis au chapitre 10 et je me régale depuis le début à tel point que je regrette d'être déjà si près de la fin

merci dou² :clap:
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