Plus d’un an…
C’est le temps qu’il s’est écoulé depuis la dernière publication et mine de rien, il s’en est passé dans ma vie, y compris sur le sujet qui nous lie, chers ami(e) de la Vapote.
Initialement, j’avais pensé reprendre les Chroniques là où j’en étais resté mais force est de constater que ça ne me motivait pas trop vu que le « initialement » susmentionné date de l’été. Du coup, je me suis dit que si j’écrivais pour vous amuser, c’était aussi pour me faire plaisir donc on oublie le passé et back tou zeu prézan !
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Episode 10 : la rechute
Vous avez probablement noté l’extraordinaire aptitude qu’on peut avoir à se trouver des excuses foireuses dés lors qu’on est convaincu d’en avoir besoin.
Non ?
Alors vous êtes soit un fichu faux derche, soit une créature improbable dotée d’une force morale rare qui déclenche en moi une vague de respect absolu teintée d’un soupçon de dubitation sur le fait que vous devez quand même être un gros faux cul quelque part.
Toujours est il que me concernant, pas d’ambigüité : ma propension à me trouver des excuses toutes plus fallacieuses les unes que les autres est une constante telle qu’on pourrait l’apparenter à une règle de vie – rien de moins !
Ma dernière démonstration en la matière date de l’été dernier lorsqu’une tuile personnelle plutôt sérieuse me tombe sur la courge sans crier « gare »– où alors je n’ai pas entendu, distrait que je sais être parfois.
La tuile bien encastrée dans le chignon, je lance alors la mécanique « excuse foireuse » dont je vous parlais et j’en viens à me convaincre que vu ce qui vient de me frapper, seule une cigarette me permettra de m’en remettre.
Ca fait pourtant deux ans que je ne clope plus.
J’ai eu des emmerdes bien pires durant ces deux ans.
Alors qu’est ce qui peut bien faire qu’on replonge à la Dure ?!
Avec le recul, j’en suis arrivé à la lamentable conclusion que les réponses sont finalement aussi multiples que les soit disant raisons sont mauvaises. Pour ma part, la principale raison tient en trois points majeurs: en premier lieu, le fait que j’ai cassé mon chargeur d’Ego durant les vacances d’été (et n’ai retrouvé le chargeur de secours que trois mois plus tard dans la caisse à Playmobil de mon cadet qui l’avait barboté vu que « ça fait un canon plasma trop daaaar !!! ».
Ensuite viennent l’absence de ma Chérie et des deux Nains – restés sur la plage comme des gros têtards tandis que l’infortuné Moi retournait au charbon – et pour finir avec le fait qu’en l’absence de ma Tribu, la maison est envahie par mes copains de jeu.
Et oui, durant la semaine du quinze aout – et ce depuis 7 ans - les gugusses avec lesquels je passe le plus clair de mon temps libre sur Internet à pourfendre Orcs et dragons engoncé dans une armure de Plate ma hache à la main viennent activement squatter chez moi pour un week-end de libation et de débats risibles sur les jeux en ligne et autres parties de Guitar Hero endiablées.
Hors il faut le savoir, des accros ludiques, ça picole et ça fume.
C’est comme ça.
Une chance que ça ne nique pas en plus car si on considère la faible représentation féminine parmi la population des « Gamers », nous en serions quitte pour un remake de Prison Break probablement aussi dépaysant que rectalement fatiguant.
C’est donc durant ces quelques jours endiablé que je me suis bêtement laissé aller à refumer, le tout pour une mauvaise raison.
Voilà pour le contexte.
Tranquillisez vous, l’objet du présent chapitre n’est pas de vous bassiner avec les pitoyables soirées d’une bande de vieux Geeks toujours stupidement hilares mais plutôt de partager avec vous les sentiments et étranges effets de bords qui accompagnent la reprise de la Tueuse.
Soyons honnête s’agissant de mes camarades de jeu, ils n’en avaient pas grand-chose à foutre que je me remette à tirer sur une tige tant que la Wii fonctionnait et que les bières étaient fraîches. La première réaction « extérieure » que j’eu à gérer fut celle de ma chérie – que j’appelle scrupuleusement tous les rares soirs où nous sommes séparés vu que nous sommes un peu comme le Ying et le Yang – toujours à se chamailler quand on est dans la même pièce, mais encore plus emmerdés de ne pas pouvoir le faire :
- Chérie, j’ai fumé aujourd’hui!
- Moi qui pensais que les vacances t’auraient calmé au boulot… Bon, t’as fumé qui et pourquoi ?
- J’ai fumé des clopes, nounouille !
- Pendant ton IRL (*) avec tes déchets de copains ?
- Oui.
- Et ça t’a fait quoi ?
- Ben… la première était vraiment dégueu : ça m’a tourné la tête, fait tousser, collé une bouche toute pâteuse et laissé une impression d’avoir du carton dans la gorge. La seconde m’a ramené deux ans en arrière direct comme si je n’avais jamais arrêté !
- Hum…
En langage de fille, « Hum » reste la forme d’expression la plus aboutie d’une perplexité aigüe. Derrière ces trois lettres en apparence simplistes se cache un compatissant « je vois ce que tu veux dire vu que j’avais moi-même arrêté la clope cinq ans avant de replonger connement… » mais aussi et même surtout « Je savais bien que je n’aurais JAMAIS dû te laisser trois jours avec ta bande de gogols !!! ».
Il n’empêche que je lui suis reconnaissant de ne pas m’accabler.
Car c’est un fait, je me sens idiot. Un peu honteux aussi. Et effrayé de voir avec quelle facilité déconcertante on reprend – surtout lorsqu’on se souvient du merdier que ça avait été d’arrêter.
Pour autant, LE gros changement par rapport à ma première tentative pour stopper la tueuse reste quand même la Ecig : je sais que ça marche sur moi !
Ce changement est malheureusement aussi LE gros piège car avec un glandu capable de se trouver des excuses foireuses dans mon genre, il implique une possibilité de compromis : « Bah j’arrête quand je veux ! Allez tiens, je vais faire un temps un peu des deux – Tueuse et Ecig - vu que j’arrête quand je veux. C’est juste que là maintenant tout de suite je veux pas encore quoi… ».
Le compromis, c’est le poison absolu pour le fumeur - fut il « ex » ou pas - car qu’est ce qu’il est le Fumeur, sinon un foutu camé encouragé par l’Etat, un crétin de mouton drogué qui paie pour se faire tondre la laine sur le dos. Et bien pour un profil comme moi, même le sachant, ça ne suffit pas à me ramener à la raison.
C’est flippant la capacité à l’auto-persuasion.
Non finalement, pour un perso-menteur éhonté dans mon genre, rien ne vaut l’électrochoc – le vrai ! – celui qui vous renvoie tellement violemment face à votre propre connerie que vous DEVEZ réagir sous peine de vous retrouver à très court terme à faire la poubelle à quatre pattes pour en extirper des mégots le soir ou le paquet est vide.
Pour ce qui me concerne, cet électrochoc salutaire se produit lorsque je croise Michael.
Je vous ai déjà parlé de Michael ?
Compte tenu de la nature de l’individu, probablement pas, non.
Alors faisons simple : en sus d’être un « collègue de travail », Michael est ce qu’on appelle communément un Gros Con.
Outre le fait qu’il a le physique empâté et mou de son appellation – attention cependant, certains Gros Cons peuvent être minces, voire maigres comme des clous de tapissier, sans pour autant perdre de leur insupportable pouvoir - l’engin dont je vous parle joue en première division : il sait tout sur tout, toujours mieux que tout le monde et s’il est le plus souvent seul comme une ***** molle, il a bien compris que c’est uniquement parce que le monde entier jalouse sa supériorité.
Etrangement, je n’aime pas Michael.
Il le sait d’ailleurs vu que je le lui ai dit.
Trois fois.
Histoire d’être bien certain qu’il avait compris.
Avec le recul, j’aurai dû pousser jusqu’à quatre car malheureusement pour moi, il ne m’en tient pas rigueur vu que de son point de vue, on ne PEUT PAS ne pas l’aimer.
Mon rejet est donc probablement le fruit d’une incompréhension.
Il en est donc venu à m’auréoler auprès du commun des mortels d’une réputation qui pourrait être flatteuse si elle ne venait pas d’un tel crétin congénital : pour Michael, je suis « un mec vraiment pas facile mais respectable vu que je dis ce que je pense et fais ce que je dis ! ».
Au risque de briser irrémédiablement mon image idéale, ça n’est pas totalement exact : je lui ai dit deux fois que j’allais lui péter sa gueule de con à coups de talon mais n’en ai jamais rien fait de peur de niquer mes pompes.
Comme quoi on a tous nos faiblesses…
C’est le mardi matin qui suit le ouikène avec mes copains de jeu que je croise cette tanche vivante. Juste après le 15 aout, il y a peu de monde au travail et moins encore en bas de la Tour dans laquelle je bosse et où se retrouvent les occupants pour leur « pause clope ».
Mais il y a Michael.
Et Michael vaut pour plusieurs.
- Ben tu t’es remis à fumer ? me lance ce grand observateur en avisant la clope vissée dans mon bec.
- Non, je réponds en exhalant un gros nuage, la répartie encore un peu molle après le week-end que je viens de vivre.
J’aurai aussi bien pu dire « ***** ! » vu que fidèle à lui-même, Michael n’a pas écouté mais déjà il embraille :
- Je vais te dire, je savais bien que ta truc électronique là, c’était de la ***** ! Tu vois quoi, soit tu fumes, soit tu fumes pas, quoi ! C’est comme si tu bouffes des biscuits pour maigrir mais que t’en bouffes des tonnes, tu vois ce que je veux dire ?
Un trait de caractère commun aux Michael de ce Monde est de systématiquement parsemer leurs phrases - par nature débiles - d’un monceau de « quoi » et de « tu vois » toujours inutiles. Il est aussi un champion du « En fait » à tout va et du « effectivement » à toutes les sauces. Dans une conversation, il faut du GRAS aux Michael. D’ailleurs un Michael ne vous dira jamais « Oui » ou « Non » mais plutôt « Absolument » ou « Jamais de la vie », Oui et Non n’étant à leurs yeux globuleux et torves que l’expression factuelle d’un manque de Lettres avéré.
- Non, je lui dis, les Lettres n’ayant jamais vraiment été mon fort.
- Tu sais quoi ? Moi ça fait trente ans que je fume ! J’ai commencé jeune aussi hein. Pour frimer devant les nanas, tu vois ? On est cons quand on est jeune, tu sais ce que c’est…
Non je ne sais pas trop vu que pour moi, la connerie n’est pas liée à l’âge et qu’un « vieux con » n’est finalement qu’un « jeune con » qui a soufflé trop de bougies. Mais respectueux du monologue surréaliste, je m’abstiens de commenter et la Courge poursuit sur sa lancée :
- Mais moi j’assume, tu vois ? J’A-SSU-ME ! Moi je fais pas les choses à moitié, en fait ! C’est comme pour la picole si tu veux…
A ce stade je veux bien ce qu’il veut s’il la ferme car enflammé par sa propre diatribe, il s'est rapproché et même quand il fume, ce déchet sent terriblement mauvais de la bouche.
- …tu vois ce que je veux dire ? relance l’égout buccal tandis que je passe en mode apnée-survie.
Je ne vois pas bien non. Comment veux tu – gros con ! – que je VOIS ce que tu DIS ? Mais curieusement, je me contente de lui dire :
- Non.
- Je vais te dire un truc, Doud’… Une confidence… J’ai essayé la clope électronique. Ouais MOI j’ai essayé ce truc à la con ! Alors ? Ah t’es étonné hein ! Hein que t’es étonné hein, hein ! Bon moi, y m’aura pas fallu longtemps pour comprendre que c’est de la *****, c’est sûr ! Attends, comment tu veux que ça soit pas de la ***** alors que c’est fait pas des chinetoques ! Des chinetoques qui font des clopes ELECTRONIQUES !!! A la limite des Nems éléctroniques là ouais je dis Ok, Muhahahaha, Ouais là je veux bien, mais des CLOPES !!! Non mais sans dec’, t’y crois toi ?
Je lui dirais bien que les Nems sont Vietnamiens, mais je lui dis :
- Non.
- Tu sais quoi mec ? Non mais tu sais quoi sans déconner ? Ben je vais te dire moi… Cloper, c’est la LIBERTE ! Franchement, t’en a pas marre de ce monde aseptisé ou on te dit où et quand pisser ? Sans rire ? Ouais je sais ce que tu te dis là… Je sais parce que t’es comme moi, toi ! Le mec qui t’emmerde, tu lui dis…
- Tu m’emmerdes.
- Non mais sans déconner je veux dire !
- Je déconne pas.
- Hahaha putain non mais comment t’es trop toi !!! Voilà, tu vois, c’est exactement ce que je te dis : le DROIT de fumer ben tu vois, c’est le DROIT de crever si tu VEUX et comme tu VEUX, tu comprends ?
J’avais terminé ma clope depuis « liberté » mais j’étais resté à l’écouter. Oh je ne vous cache pas que j’avais bien un peu envie de lui balancer ma main sur la gueule au Michael mais curieusement je lui ai répondu :
- Oui je comprends.
- Sa…. Sans déconner ?
- Sans déconner. Merci Michael.
Je lui ai tendu mon paquet de clopes pratiquement pleins, je lui ai donné une petite tape amicale – complice même - sur l’avant bras en le dépassant et sans le regarder, je suis remonté bosser. Grâce à Michael, je n’ai retouché à une cigarette depuis que très rarement et toujours grâce à lui, je ne l’ai plus jamais terminée vu qu’arrivé à la moitié de la combustion, je repensais systématiquement à cette conversation, fut-elle à sens unique.
Oh je suis très loin d’être tiré d’affaire, je le sais.
D’ailleurs le serais-je vraiment un jour, j’en doute quand je me souviens de la facilité avec laquelle on replonge. Mais la commande d’Ego-T qui a suivi et le retour de ma Chérie ont drastiquement remis les pendules à l’heure. Je suis à nouveau en rémission et de vous à moi, j’en tire une vraie fierté personnelle finalement savoureuse.
Vous savez que les Bouddhistes s’entendent à dire que toute créature vivante obéit à un but précis qui la rend utile dans un contexte global ?
Longtemps, je me suis surtout entendu à ne pas bien piger ce qu’ils entendaient par là - mon incompréhension ayant atteint des sommets le matin où un foutu moustique m’avait piqué pile sur le bout du gland. Et bien pourtant grâce à Michael, j’ai compris. Et je ne peux pas m’empêcher d’avoir un sourire crétin quand je pense à ce qu’il dirait s’il avait lui-même vu la lumière Bouddhiste au lieu de toujours assoir son gros cul flasque dessus. Nul doute qu’il dirait « Putain y a pas à dire, y sont forts ces cons de chinetoques ! »
(*) “IRL” pour In Real Life. Soirée/rencontre durant laquelle des joueurs en ligne compulsifs passent un moment physiquement ensembles et non plus par Avatar de jeu interposé. Ce sont souvent des moments désopilants et bien sympathiques, chacun(e) n’amenant finalement à ces soirées que ce qu’il a de meilleur.
Prochain épisode : tâche d’huile
[MODERATION : Pour ceux qui ne connaissent pas les écrits des DOU2, vous pouvez retrouver ses autres chroniques d'un Vapoteur ici :
recreation-f26/les-chroniques-d-un-vapotteur-1-a-5-par-dou-t32215.html et recreation-f26/les-chroniques-d-un-vapotteur-6-a-9-par-dou-t29572.html ]








